A COURT DE ROUTE
Ce film est mon deuxième court métrage. Je l'ai réalisé un peu par hasard, sur une occasion qui se présentait à nous comme une petite aventure : le 48h Film Project 2008. Deux jours pour faire un film avec des contraintes précises, cela semblait intéressant pour un groupe d'acteurs habitués à jouer ensemble. Nous en sommes ressortis avec ce film, le Prix du Jury et le Prix d'Interprétation.
On a réussi à tourner qu'un plan - STOP - Tournage annulé - STOP - les filles ont attendu toute la journée. C'est l'anniversaire de Claire. On est enfermés dans le collège - STOP - la caméra tourne toujours - STOP - j'ai peur.
C'est l'histoire d’une équipe de tournage minable qui n’arrive à tourner qu’un plan. C’est l’histoire d’un anniversaire raté, d’une fête obligatoire où personne ne veut du gâteau. C’est l’histoire d’un road movie à huis clos. À défaut d’un film, c’est l’histoire d’une déroute que nous restitue la caméra, témoin amusé à la mémoire infaillible. Une histoire, après tout.
À dire vrai, l’histoire en tant que telle n’a aucun intérêt. Ce qui a primé, c’était d’abord l’envie de raconter un gros raté et surtout l’envie de jouer sur le vrai et le faux, sur la réalité et l’illusion, sur nous et sur ces personnages qui portent nos prénoms. Je voulais mettre en cadre un gros mensonge organisé, quelquechose de jubilatoire et de personnel, une sorte de blague sur nous mêmes. Il y avait également pour nous, la nécessité de prendre en compte notre support : la vidéo. Nous voulions le faire exister dans le scenario, pour dire merci.
J’avais envie de continuer à travailler sur la caméra comme personnage. Dans On s’arrache, la caméra est celle qui sauve, qui console, à qui l’on se livre. Ici aussi, elle sauve puisqu’elle enregistre, en secret, discrètement, sans “moteur” ni “coupez” : elle dérobe. Le personnage du cameraman au regard ironique est le seul qui reste digne : il filme, il regarde à distance, amusé par la bêtise de son équipe, jubilant derrière son viseur. Plusieurs fois, on lui demande de couper mais non : il ne veut plus être avec eux, il veut se faire son film. Il est le personnage clé du film, mi-voyeur mi-sauveur, mi-moqueur mi-amoureux. Celui qu’on ne voit jamais, mais à travers qui on voit. Au fond, c’est lui aussi un lâche. D’une grande générosité.